Je viens du cameroun…

Ils ont marché… marché… marché… des miliers de kilomètres

Un parcours comme des milliers d’autres

Depuis de nombreuses années, Monique (85 ans) est engagée auprès des demandeurs d’asile. Les démarches et les visites s’enchaînent.

Nous étions dans le même bus, nous sommes descendues au même arrêt et nous avons pris la même direction : le Foyer pour les demandeurs d’asile où j’allais faire une visite. C’est là que réside Nadia avec ses jumeaux.

Nous nous sommes saluées et tout en marchant la conversation s’est engagée :   

  • Quel est votre pays d’origine ?
  • Le Cameroun me répond-elle,
  • Je suis restée 12 ans au Cameroun,
  • À Yaoundé, sans doute ?
  • Non, à l’Extrême Nord,
  • Mais moi, je suis de Maroua, alors vous connaissez le fulfuldé[1] ?
  • Non, car j’ai appris la langue des gens du village où je me trouvais.

« Migrants et réfugiés ne sont pas des pions sur l’échiquier de l’humanité. Il s’agit d’enfants, de femmes et d’hommes qui abandonnent tout, et qui partagent le même désir légitime de connaître, d’avoir mais surtout d’être plus. » Pape François


Arrivées au Foyer, Nadia pose le landau à l’entrée, près des escaliers. Maintenant il lui faut monter quatre étages avec ses deux enfants ; elle met l’un au dos, l’autre dans ses bras, je me charge du sac des courses…

Nadia m’explique qu’elle est logée au quatrième étage car c’est un petit studio avec les sanitaires qui lui a été attribué, ce qui lui facilite la tâche avec ses bébés de 6 mois.

Il faut savoir que tous les autres demandeurs d’asile (femmes avec enfants, couples, etc… sont logés dans deux ou trois pièces avec les sanitaires et la cuisine en commun à chaque étage).

Arrivées chez elle, Nadia donne le biberon à ses enfants et me parle d’elle :

«  Vous savez que Boko Haram sévit au Nord Cameroun. Ils ont tué mon mari, ils voulaient me marier, j’ai refusé alors j’ai fui au Nigéria, mais là-bas c’était pareil, j’ai fui en Lybie et puis j’ai fui… j’ai fui… j’ai mis 4 ans pour arriver ici… »

Un long silence s’en suit… que de souffrances ont dû marquer ce long périple !… quelle force intérieure habite cette jeune femme  pour qu’elle soit arrivée saine et sauve au bout de son parcours…

– «  Vous avez d’autres enfants au Cameroun ?

– Chez nous, les Peulhs, quand c’est le moment d’aller chez le mari, tu n’as pas le choix : j’ai eu ma première fille à 15 ans… j’ai 3 enfants, ils sont avec ma mère au Cameroun. »

Ses jumeaux sont calmes, souriants : Nacin est le nom du garçon et Marie France celui de la fille : ce nom ne signifierait-il pas toute l’espérance que Nadia met dans notre pays qui lui a offert un premier accueil ?…

Elle n’a pas encore été convoquée à l’OFPRA[2], j’ose espérer que sa demande d’asile lui sera accordée.

Monique Desbourbes



[1] Langue de l’ethnie Peulh dont elle fait partie

[2] Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides

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